- Les origines de la vision japonaise du kami
- Les origines de la conception japonaise du kami
- La formation de l’État japonais et son monde spirituel
- Le Kojiki et le Nihon Shoki : une histoire mythologique du Japon
- Les kami de la mythologie japonaise encore vénérés aujourd’hui
- Le shinto : une tradition plutôt qu’une doctrine unique
- De la mythologie ancienne à la vie quotidienne
- Conclusion — Comprendre les kami
Les origines de la vision japonaise du kami
Qu’est-ce qu’un kami ? Le concept japonais de kami (神) est très différent de la conception occidentale de Dieu. Lorsque les Occidentaux entendent le mot « Dieu », ils imaginent souvent un être suprême et tout-puissant. Au Japon, la notion de kami est bien différente.
Le mot kami est souvent traduit en anglais par « god » ou « deity », mais aucun de ces termes ne rend pleinement compte de son sens. Au Japon, kami peut désigner des êtres issus de la mythologie ancienne, des forces sacrées liées à la nature, des personnages historiques devenus plus tard des divinités, ainsi que des êtres spirituels associés à certains lieux ou à certaines communautés.
Une expression traditionnelle, Yaoyorozu no Kami (八百万の神), est littéralement traduite par « huit millions de kami ». Ce nombre n’est pas à prendre au sens littéral. Il exprime plutôt l’idée qu’il existe d’innombrables kami à travers le monde.
Pour comprendre pourquoi le Japon possède une conception si particulière du sacré, il faut revenir aux origines de la spiritualité japonaise.
Les origines de la conception japonaise du kami

Bien avant l’apparition des premiers documents historiques écrits au Japon, les populations vivaient en étroite relation avec la nature. Le soleil, les montagnes, les rivières, les forêts, le vent, la pluie, le tonnerre et la mer pouvaient apporter à la fois des bienfaits et des catastrophes.

Les récoltes dépendaient du climat, tandis que les tremblements de terre, les tempêtes, les éruptions volcaniques et les inondations pouvaient menacer la vie des populations. Dans un tel environnement, les populations développèrent un sentiment de respect et de révérence envers des forces qui échappaient à leur contrôle.
Cette ancienne manière de percevoir le monde est souvent décrite comme de l’animisme : la croyance selon laquelle les phénomènes naturels et les êtres vivants peuvent posséder un esprit ou une présence sacrée.
Il est toutefois important de ne pas considérer cela comme une religion véritablement constituée, avec un fondateur, des écritures sacrées ou une doctrine établie.avec un fondateur, des écritures sacrées ou une doctrine établie. La vénération de la nature et des forces invisibles semble plutôt s’être développée progressivement parmi les populations de l’ancien Japon.

Un ancien document historique chinois nous donne un aperçu de cet univers spirituel. Au IIIe siècle, le Wei Zhi décrit une souveraine de Yamatai nommée Himiko. Elle y est présentée comme possédant des pouvoirs spirituels ou chamaniques et comme communiquant avec des forces invisibles.
Bien que les détails historiques concernant Himiko restent discutés, ce récit suggère que l’autorité spirituelle et la communication avec des forces invisibles jouaient déjà un rôle important dans la société japonaise ancienne.
La spiritualité japonaise n’est donc pas née d’un système théologique. Elle s’est développée à partir de la relation des hommes avec le monde naturel et de leur perception de ce qui était invisible.
La formation de l’État japonais et son monde spirituel
Le développement de l’État japonais donna une nouvelle dimension à ce monde spirituel ancien.
Le nom de « Yamatai » apparaît pour la première fois dans le Wei Zhi chinois au IIIe siècle. Plusieurs siècles plus tard, la cour de Yamato était devenue une puissante autorité politique.
Aux VIIe et VIIIe siècles, le Japon mit progressivement en place des systèmes de gouvernement de plus en plus sophistiqués. En 604, le prince Shōtoku aurait traditionnellement promulgué la Constitution en dix-sept articles. Son premier article soulignait notamment l’importance de l’harmonie, ou Wa.
L’idée de Wa s’est profondément enracinée dans la culture japonaise. Pour en savoir plus sur cette philosophie, consultez mon article L’origine de la philosophie du « Wa ».
Plus tard, le Japon établit le système Ritsuryō, un système complet de lois administratives et pénales. Ces évolutions contribuèrent à façonner un État japonais plus centralisé.
C’est au cours de cette période de formation de l’État que deux ouvrages importants furent compilés :
- Kojiki, achevé en 712
- Nihon Shoki, achevé en 720
Ces ouvrages devinrent des sources écrites fondamentales pour la mythologie associée à la tradition impériale.
Le Kojiki et le Nihon Shoki : une histoire mythologique du Japon

Le Kojiki et le Nihon Shoki racontent la création des îles japonaises, les origines des kami et l’ascendance de la famille impériale. Il ne s’agit pas de documents historiques au sens moderne du terme. Ils mêlent mythes, légendes, généalogies et récits de souverains anciens.
Leurs récits contribuèrent également à établir la légitimité de la cour impériale de Yamato en reliant la famille impériale au monde des kami.
Selon ces mythes, les îles japonaises furent créées par des êtres divins et plusieurs générations de kami apparurent dans les mondes céleste et terrestre. L’un des plus importants est Amaterasu Ōmikami, la kami du soleil et l’une des figures centrales de la mythologie impériale.
La mythologie établit finalement un lien entre la lignée impériale et le monde divin à travers l’empereur Jimmu, traditionnellement considéré comme le premier empereur du Japon. Les Trois Trésors sacrés impériaux — le miroir sacré, l’épée et le joyau — devinrent également des symboles importants de la tradition impériale.
Ces récits appartiennent au domaine de la mythologie plutôt qu’à celui de l’histoire telle qu’on la comprend aujourd’hui. Ils continuent néanmoins d’influencer le paysage religieux et culturel du Japon.
Les kami de la mythologie japonaise encore vénérés aujourd’hui
De nombreux kami apparaissant dans le Kojiki et le Nihon Shoki sont encore vénérés aujourd’hui dans les sanctuaires shinto à travers tout le Japon.

Izumo Taisha
Izumo Taisha est l’un des sanctuaires les plus importants associés à Ōkuninushi, un kami majeur lié à la formation et à l’organisation du pays.
Ise Jingū
Ise Jingū est le principal sanctuaire consacré à Amaterasu Ōmikami, la kami du soleil et l’une des figures centrales de la mythologie impériale.
Sanctuaire Amano Iwato
Le sanctuaire Amano Iwato est associé au célèbre mythe selon lequel Amaterasu se réfugia dans une grotte rocheuse céleste, plongeant ainsi le monde dans l’obscurité.

Kashihara Jingū
Kashihara Jingū est consacré à l’empereur Jimmu, traditionnellement considéré comme le premier empereur du Japon.
Fushimi Inari Taisha
Fushimi Inari Taisha est consacré à Inari Ōkami, un kami associé au riz, à l’agriculture, à la prospérité et à la réussite commerciale.
Pour les visiteurs, ces sanctuaires peuvent être bien plus que de magnifiques sites historiques. Découvrir les récits des kami qui y sont vénérés constitue une autre manière de comprendre la vision japonaise du monde.
Le shinto : une tradition plutôt qu’une doctrine unique
Le mot « shinto » signifie littéralement « la voie des kami ». Contrairement aux religions fondées autour d’un fondateur unique ou d’une révélation divine, le shinto s’est développé progressivement à partir des anciennes traditions japonaises de vénération des kami, de la nature, des ancêtres et des lieux sacrés.
Le Kojiki et le Nihon Shoki n’ont pas créé ces traditions à partir de rien. Ils ont plutôt consigné et organisé des mythes et des traditions qui s’étaient développés sur une période beaucoup plus longue.
Cela est important pour comprendre le shinto. Il ne s’agit pas simplement d’un système de croyances fondé sur un ensemble défini de divinités. C’est également une manière d’entrer en relation avec le monde sacré.
De la mythologie ancienne à la vie quotidienne

La mythologie ancienne consignée dans le Kojiki et le Nihon Shoki ne représente qu’une partie du concept japonais de kami.
Au fil des siècles, des personnages historiques sont devenus des kami. Des lieux naturels sont devenus sacrés. Les communautés locales ont commencé à vénérer leurs propres kami protecteurs.
Encore aujourd’hui, de petits sanctuaires peuvent être trouvés dans les quartiers, les villages, les montagnes et le long des routes à travers tout le Japon.
Cela signifie que l’histoire des kami ne s’est pas arrêtée avec la mythologie ancienne. Elle a continué à évoluer avec la société japonaise.
Conclusion — Comprendre les kami
Le concept japonais de kami n’a pas d’équivalent simple dans les langues occidentales. Le mot « Dieu » évoque généralement un être suprême et tout-puissant. Le terme « divinité » est plus souple et peut être utile lorsqu’on parle des nombreux êtres sacrés que l’on trouve au Japon.
Mais kami peut avoir un sens plus large encore.
Il peut désigner un être mythologique, une force sacrée, une personne historique devenue une divinité, ou encore la présence sacrée associée à un lieu particulier.
Le Kojiki et le Nihon Shoki nous ont fait découvrir de nombreux kami de la mythologie japonaise. Mais la tradition japonaise des kami ne s’est pas arrêtée à ces récits anciens.
Au fil des siècles, des personnes ayant profondément marqué la société ont commencé à être vénérées comme des kami. Les montagnes, les rochers, les cascades, les arbres et d’autres éléments naturels ont également été considérés comme sacrés. Les communautés locales en sont venues à vénérer leurs propres kami protecteurs.
En ce sens, les kami japonais ne se limitent pas aux divinités de la mythologie ancienne. L’idée de kami a continué à s’étendre et à évoluer tout au long de l’histoire du Japon, devenant une partie intégrante du paysage religieux et culturel de la vie quotidienne.
Cette souplesse est peut-être l’une des caractéristiques les plus importantes de la spiritualité japonaise.
Pour comprendre le Japon, il ne suffit donc pas de demander : « Quels sont les dieux japonais ? »
Une meilleure question serait peut-être :
« Qu’est-ce qui fait qu’une chose devient sacrée au Japon ? »
La réponse nous conduit des mythes anciens et de la formation de l’État japonais aux personnages historiques, aux lieux sacrés, aux communautés locales et à la vie quotidienne.
Et c’est là que commence l’histoire plus profonde des kami.


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